Comics Pocket Artima

Arédit & Artima : Historique

Les Editions Artima sont créées après-guerre à Tourcoing (Nord). A ses débuts, Artima publie, sous forme de récits complets à l'italienne, des bandes françaises d'un intérêt très relatif telles que "Wonderman" par Dupuich et "Fulguros" de Brantonne.
En 1952, Artima change la formule de ses revues pour proposer une collection de fascicules de 32 pages au format 23x17.5 faisant la part belle aux bandes dessinnées d'origine espagnole, hollandaise et américaine. Avec des titres tels que "Big Boy",  "Sidéral", "Aventures Fiction" et "Flash", Artima fait découvrir à une génération de baby-boomers médusés le meilleur de la production DC.  (DC qui publie alors pour l'essentiel des bandes de science-fiction). Cet âge d'or durera jusqu'à la fin des années cinquantes. Pour faire face à la désaffection du lectorat que connaissent ses bandes dans les années 60, Artima tente de corriger le cap en faisant varier le format, la périodicité et le contenu de ses titres. Mais rien n'y fait : de 1961 à 1963, l'éditeur est contraint de mettre fin à la plupart de ses séries.
C'est une maison d'édition moribonde que rachètent les Presses de la Cité en 1964 ou 1965 (les sources divergent). Spécialisées dans l'édition de romans populaires, les Presses de la Cité voient dans l'acquisition de l'éditeur de Tourcoing une opportunité de se diversifier. La comission de censure exerçant alors un contrôle stricte sur les bandes dessinées et les Presse de la Cité ne souhaitant pas être trop exposées en cas de scandale, elles décident de satelliser leurs activités BD en créant une structure gérée de manière indépentante qu'ils nomment Arédit.
Alors qu'Artima avait misé sur la publication de petits formats en couleurs, Arédit débute plus modestement en s'orientant vers la publication de fascicules de poche en noir et blanc, un format assez proche de celui des romans que publient alors les Presses de la Cité.
C'est ainsi que la collection Comics Pocket voit le jour en avril 1966 avec la publication de "Flash Espionnage" n° 1. A ses débuts, la collection propose pour l'essentiel des adaptions de romans publiés par les Presses de la Cité, le plus souvent dans le cadre de sa collection Fleuve Noir. Les genres abordés sont l'espionnage et le polar ("Coplan", "OSS 117", "Atomos", "Flash Espionnage" … une quinzaine de titres en tout), l'anticipation ("Sidéral (2°)"), l'angoisse ("Hallucinations") et l'étrange ("Eclipso"). Les rares récits d'origine américaine alors publiés (surtout du DC, mais aussi du Marvel ou du Charlton à l'occasion) ne servent que d'histoire de complément quand la pagination l'exige.
Les premiers titres à être entièrement consacré au comics seront "Spectre" en avril 1967 et "Eclipso" en avril 1968. L'expérience s'étant avérée concluante, le début des années 70 voie la création d'une demi-douzaine de nouveaux titres. Dans les même temps, certains titres Fleuve Noir sont envahis par le matériel comics ("Etranges Aventures", "Vengeur").
Pour minimiser les problèmes avec la commission de surveillance, Arédit fait figurer sur la couverture des Comics Pocket la mention "bandes dessinées pour adultes", une mention qui lui fait tourner le dos à toute une partie du lectorat … du moins jusqu'à la créations en 1970 de deux collection "grand public" : Cosmos et Pop Magazine.
En effet, Artima publie ce qui échappe à Lug (Strange, Titans, Nova etc...), notamment pour cause de censure. En publiant sous l'étiquette de BD pour adultes, la maison échappait ainsi aux contraintes de loi 49-956, mais perdait aussi le droit à l'affichage en devanture des kiosques à journaux.
La collection Cosmos comprend des pockets noir et blanc plus particulièrement destinés à un public adolescent. Le premier titre publié est "Météor" n° 174 (la numérotation suivant celle du récit complet) en février 1970.
La collection Pop Magazine propose dans un format comics en couleurs des séries de super-héros DC et s'adresse aux plus jeunes. Le premier titre publié est "Aquaman" en mai 1970.

En 1974, la collection Cosmos absorbe 4 des titres de la collection Pop Magazine.
En 1976, est lancée la collection Flash.
En 1977 la collection Flash absorbe la collection Cosmos.
1° Trimestre 1979 : Création des collections Artima Color Marvel/DC SuperStar qui est en grand format et en couleur (avec "Année Zéro", "Captain America", "Le Fils d'Odin" et "Gamma"). Pour ce qui est des couleurs, la qualité n'était pas franchement au rendez-vous. Comme le prix était également plus élevé que chez Lug, les ventes n'égalèrent jamais celles de leur concurrent. Les autres raisons étaient sans doute un rythme de parution anarchique (plus ou moins trimestriel) et un manque de suivi de la plupart des séries (ex : on pouvait trouver un N° de Dracula sans épisode de Dracula et dans le numéro suivant, en lire 3 ou 4)
Début des années 80, Arédit bénéficie des adaptations TV/Ciné de Hulk/Conan.
En 83, lancement de "Epic".
A partir de 83 (en encore + en 84), les albums couleur deviennent plus "cheap". (c'est sûrement + liée à l'augmentation du prix du papier qu'à une désaffection du lectorat)… le processus est initialisé par la "Collection Flash Nouvelle Formule" avant de s'étendre à la plupart des titres.
84/85 : Arédit diversifie sa production avec "Judge Dredd", "RoboHunter" et "Star Trek".
Sous la pression de Marvel, Artima lança "Pocket Color" qui reprenaient d'anciens épisodes, mais en couleur tout en conservant un format de poche.
A partir de 85, retour des pockets N&B. Devant leurs difficultés économiques, les poches devinrent même agraphés.
En 87, Arédit tente une dernière fois l'expérience de la couleur avec "Watchmen" et "Eclipse magazine".
En 89, Arédit fond les plombs.

Bibliographie :
- "Artima? Qu'est-ce que c'est que ça, Artima?" par Jean-Pierre Dionnet in "Univers 01" (J'ai Lu, 2° trimestre 1975)
- "Arédit parle!", interview de M. Gossman (directeur de publication) et M. Hennion (directeur artistique) in "Scarce" n° 4/5 (Association Saga, hiver 83/84)
- "Comics Pocket, une corne d'abondance dans votre poche…" par Denis Boyer et Yvan Marie in "Scarce" n° 29 (Association Saga, automne 1991)
- "Collection Cosmos, retour vers le futur" et "Collection Flash, les pockets les plus rapides de l'ouest" par Denis Boyer in "Scarce" n° 44 (Association Saga, été 1995)

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Howard Drake & Dominik Vallet

PS : L'essentiel de l'exposé ci-dessus est dû à la plume érudite d'Howard Drake, webmaster du site Comics VF qui est une véritable bible des BD petits formats avec leurs équivalences en anglais. D'ailleurs, la majorité des renseignements sur les versions US proviennent de son site.


© D. Vallet le 09/12/2000